L’aide au développement sert aussi à sécuriser les chaînes d’approvisionnement des pays riches

En théorie, le montant de l’aide au développement versé à tel ou tel pays ne devrait pas dépendre de sa contribution aux chaînes de valeur mondiales. Dans les faits, pourtant, on observe que les pays donateurs ont tendance à privilégier, quand ils aident financièrement des pays pauvres, ceux qui sont utiles à leur propre production… Pourquoi certains pays reçoivent-ils davantage d’aide au développement que d’autres alors que leurs besoins sont comparables ? Les chercheurs s’interrogent sur cette question depuis des décennies. Nous savons déjà que les motivations des donateurs ne sont pas uniquement altruistes : elles incluent des considérations diplomatiques ou commerciales par exemple. Dans un article récent, nous montrons que les chaînes de valeur mondiales — ces réseaux internationaux où les biens sont produits en plusieurs étapes dans différents pays — créent de nouvelles interdépendances entre pays et influencent l’allocation de l’aide. Aide au développement bien ordonnée… Depuis les années 1990, la production mondiale s’est largement fragmentée : composants électroniques, pièces automobiles, produits agricoles transformés… une multitude d’étapes de production sont désormais dispersées entre plusieurs pays. Les échanges liés à cette organisation de la production mondiale en chaînes de valeur représentent environ 50 % du commerce mondial. Notre analyse empirique montre que les pays donateurs accordent davantage d’aide aux pays qui fournissent des biens intermédiaires utilisés dans leur production destinée à l’exportation. Autrement dit, l’aide n’est pas uniquement destinée aux pays dont les besoins sont les plus importants : elle se dirige aussi vers ceux qui occupent des positions clés dans les chaînes de valeur mondiales. Les exportations des pays récipiendaires de l’aide jouent un rôle particulièrement important dans les secteurs caractérisés par des biens intermédiaires différenciés, difficiles à substituer : équipements électriques et machines, transport et pièces automobiles, industrie agroalimentaire. Les pays produisant ce type de biens reçoivent davantage d’aide, toutes choses égales par ailleurs. Ce résultat complète d’autres recherches montrant que les réserves en pétrole des pays récipiendaires influencent également l’allocation de l’aide. Le poids des entreprises des pays donateurs Nous observons aussi une hétérogénéité importante entre pays donateurs déjà mise en avant dans d’autres travaux : les grands pays exportateurs (France, Allemagne, Japon, Royaume-Uni, États-Unis, notamment) semblent allouer l’aide de manière plus stratégique, tandis que les pays considérés traditionnellement comme plus « altruistes » (Pays-Bas, Danemark, Suède…) semblent moins sensibles au fait que le pays récipiendaire soit exportateur de biens intermédiaires spécifiques. Calculs des auteurs. Ce graphique représente l’effet de la valeur ajoutée provenant des biens intermédiaires des pays récipiendaires (Foreign Value Added, FVA) sur le montant d’aide bilatérale pour chaque pays donateur (moyennes et intervalles de confiance à 95 %). Cliquer pour zoomer. Fourni par l'auteur Pour comprendre ces résultats, nous proposons une explication théorique. Le pays donateur, situé en aval de la chaîne de valeur, dépend d’un intrant produit dans un pays receveur, situé en amont. En transférant — sous forme d’aide — des ressources financières qui font l’objet de négociations, il incite le pays receveur à réduire ses tarifs douaniers d’importations de biens intermédiaires, ce qui diminue le coût final de son intrant produit et exporté vers le pays donateur. L’aide agirait ainsi comme un levier discret de réduction des coûts de production pour les entreprises du pays donateur. L’influence des entreprises dans l’allocation de l’aide est également révélée ces dernières années par des enquêtes journalistiques. Un processus qui creuse les inégalités entre pays pauvres Ce travail montre que l’aide au développement apparaît, au moins en partie, comme un moyen permettant aux pays donateurs de garantir un accès à des biens intermédiaires stratégiques en soutenant les pays situés en amont des chaînes de production. Ce constat interroge la manière dont l’aide est allouée si l’on souhaite éviter que les pays les plus pauvres ne soient doublement exclus : des chaînes de valeur mondiales et des flux d’aide. Nos résultats ont des implications politiques importantes. Premièrement, le développement des chaînes de valeur mondiales peut exacerber la fragmentation de l’aide en concentrant les financements vers les pays déjà intégrés dans ces chaînes. Or, malgré plusieurs initiatives internationales comme la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement adoptée par l’OCDE en 2005, cette fragmentation persiste. Une étude de la Banque mondiale montre que l’augmentation des engagements d’aide au développement en termes réels entre 2000 et 2019 s’est accompagnée d’une multiplication du nombre de donateurs et d’agences d’aide, rendant la coordination de l’allocation de l’aide plus complexe. Deuxièmement, orienter prioritairement l’aide vers les pays liés aux chaînes de valeur mondiales peut nuire au développement des pays les moins avancés, dont l’intégration dans les réseaux de production mondiaux reste limitée. Or, l’intégration aux chaînes de valeur stimule la croissance : une étude de la Banque mondiale indique qu’une augmentation de 1 % de participation entraîne en moyenne plus de 1 % de hausse du revenu par habitant. Mais si l’aide se concentre sur les pays déjà bien intégrés, elle risque de creuser davantage l’écart entre les « gagnants » et les laissés-pour-compte de la mondialisation. Or, les déclarations récentes de l’administration américaine qui limiteraient l’aide au développement à 17 pays prioritaires choisis par les États-Unis (« excluant certains pays en proie à de graves crises humanitaires, tels que l’Afghanistan et le Yémen ») ne font que renforcer ces inquiétudes Publié par Dominique Manga (source The Conversation ) AUTEURS Basak Bayramoglu Directrice de recherche, Inrae Jean-François Jacques Professeur des Universités, Université Gustave Eiffel Julie Lochard Professeure des Universités en Économie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC).

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